Le miel et ses propriétés

« On a dit, convaincu par toutes ces merveilles, qu’un peu d’âme divine habitait les abeilles. »
VIRGILE, Géorgiques IV, 220-221, 1er s. av. JC

Cette recherche consacrée à l’apithérapie et plus précisément aux propriétés thérapeutiques du miel, s’inscrit dans une série d’autres textes proposés dans les prochains bulletins de « L’Abeille du Forez » et au travers desquels nous découvrirons les bienfaits des autres produits de la ruche, tels que le pollen, la gelée royale, la propolis, la cire, le venin…

Connue depuis la nuit des temps, la médecine des abeilles ou apithérapie appartient au domaine des médecines dites « naturelles ». Boisson des dieux et breuvage de vie éternelle sous forme d’hydromel, le miel est dès l’Antiquité doté de vertus sacrées. Il occupe une place importante dans les sacrifices offerts aux divinités et lors des rituels de vie ou de mort. Symbole de pureté et de douceur, parfois même de prophétie, le miel est aussi l’allégorie de la prospérité ou de l’abondance, évoquant dans la Bible, la Terre promise « où coulent le lait et le miel ». L’apithérapie tire son étymologie du latin apis « abeilles » et du grec ancien therapeía « cure », lui-même dérivé de therapévô signifiant « servir, prendre soin de, soigner, traiter ».

Sa pratique est intimement liée à celle de l’apiculture. Le plus ancien témoignage date entre 8000 et 6000 av. J.-C., il s’agit de la peinture rupestre des grottes de la Araña (« de l’Araignée »), près de Bicorp en Espagne, première trace de cueillette de miel au sein des colonies sauvages. En Egypte, le papyrus de Smith du XVIIe siècle avant J.-C., le plus ancien écrit médical retrouvé, décrit en détail les résultats obtenus avec le miel, la cire d’abeilles et la propolis sur près d’une cinquantaine de plaies béantes, ulcères de la bouche et infections des yeux(1) . Aussi loin que l’on remonte, les remèdes des abeilles ont nourri, soigné, traité et prévenu les maladies d’innombrables générations d’hommes. Les recherches scientifiques menées sur les remèdes de la ruche, utilisés seuls, combinés entre eux ou associés à des huiles essentielles végétales ont révélé une efficacité jusque-là insoupçonnée. Aujourd’hui, reconnue en certains pays comme une branche complémentaire de la médecine classique, la pratique de l’apithérapie dans le domaine médical français reste controversée. Seulement quelques hôpitaux utilisent les pansements au miel suite aux études cliniques du professeur et chirurgien Bernard Descottes. Le service de chirurgie viscérale de Limoges use quotidiennement du miel de thym et de lavande pour réaliser des pansements sur des plaies qui ne cicatrisent pas. Les études cliniques menées par ce pionnier de l’apithérapie hospitalière ont démontré que la cicatrisation des plaies profondément ouvertes, sans épiderme, et non fermées par des points de sutures ou des agrafes allait plus vite avec du miel qu’avec un produit antiseptique(2) . A la cicatrisation rapide, sans infection ni effet secondaire, les pansements au miel sont aussi appréciés pour la facilité de leur retrait, ne provoquant aucune douleur pour le patient.

COMPOSITION ET PROPRIETES DU MIEL

Mi-végétal mi-animal, la composition du miel est unique ; c’est un produit naturel, complexe, complet et vivant. Il se transforme au cours du temps sous le phénomène de la cristallisation, suite à la tendance naturelle des différents sucres (particulièrement du glucose) à se transformer en cristaux solides dans la durée (transformation qui s’opère à une vitesse variable selon la variété, la saison de floraison et la température de conservation).

La parfaite synergie des deux cents éléments présents dans le miel le rend impossible à recréer artificiellement. Des vitamines B1 à B9 sont apportées dans le miel grâce aux pollens résiduels ; sa composition compte une trentaine d’oligoéléments, mais aussi des matières minérales (type potassium, sodium, magnésium et calcium) issues du sol sur lequel la plante s’est développée. Le nectar quant à lui apporte des levures qui permettent la fermentation. Le tout est enrichi d’une pointe de protéines (1,7 g par kilo de miel) et de facteurs antibiotiques naturels apportés par l’abeille elle-même.

En dehors des diabétiques insulinodépendants pour lesquels le miel est contre-indiqué en raison de la présence de glucose et de saccharose, et du risque rare de botulisme chez les nourrissons de moins de un an, l’innocuité du miel est absolue, il est parfaitement toléré quel que soit la dose ingérée. L’élimination de l’eau dans le miel permet la concentration en divers sucres : glucose, fructose, saccharose, maltose et bien d’autres (suivant le type de fleur butinée). Le miel d’acacia est celui préconisé avec modération pour les diabétiques légers ; il est le plus riche en fructose et ne nécessite pas l’intervention de l’insuline pour son assimilation. Chez les jeunes enfants le miel présente un intérêt particulier mais il pourrait ne pas convenir au très jeune enfant. Le botulisme infantile est une maladie rare mais grave, elle est provoquée par les spores d’une bactérie : la Clostridium botulinum. Une fois ingérées ces spores se développent dans l’intestin et secrètent une toxine très dangereuse. Cette maladie touche les enfants de moins de 12 mois, dont l’intestin ne fournit pas encore d’acidité suffisante pour lutter contre la multiplication des bactéries. Ces spores de Clostridium botulinum sont naturellement présentes dans la terre et dans la poussière, il est donc important que chaque apiculteur veille à ce que ses cadres de miel ne soient à aucun moment en contact avec le sol.

Aux qualités nutritionnelles du miel, s’ajoutent son pouvoir antiseptique. Composé d’une variété d’enzymes, bienfaisantes pour la digestion et le transit intestinal, le miel possède une action dynamisante à tendance apéritive et antioxydante grâce au bêta-carotène et aux polyphénols qu’il contient. Associé à des fibres, il est reconnu pour avoir de réelles vertus dans le traitement des brûlures d’estomac (notamment chez la femme enceinte durant les derniers mois de grossesse). Riche en sucres, il opère en doux laxatif et sa consommation est intéressante à tout âge. Chez le jeune enfant, il améliore la croissance en participant à la bonne fixation du calcium et du magnésium sur les os.

Le miel opère une légère action hypocholestérolémiante (fait baisser le taux de cholestérol). Les fers et les vitamines B6 et B9 qu’il contient, lui confèrent des vertus contre l’anémie. De surcroît, il stimule le système immunitaire et l’aide à relancer les défenses de l’organisme.

Ses effets antibactériens et sa légère action anti-inflammatoire font du miel un puissant remède pour la cicatrisation de nombreuses plaies. Plusieurs raisons expliquent ses effets thérapeutiques sur les plaies les plus récalcitrantes et infectées. La première vient de sa masse visqueuse ; le miel forme une puissante barrière protectrice et prévient la formation de nombreuses bactéries. La seconde vient de son osmolarité, c’est à dire sa capacité à extraire l’eau des cellules vivantes. L’acidité qu’il contient et sa forte teneur en sucre créent un appauvrissement en eau et neutralise le développement des germes et des bactéries. « La cicatrisation commence par l’apparition de phénomènes inflammatoires précoces, accompagnée de sécrétions à partir des vaisseaux sanguins et  lymphatiques. L’exsudation de ces liquides va assurer la défense contre l’infection et l’élimination de la nécrose » (3) . Le procédé est complexe, l’osmolarité du miel va favoriser l’exsudation, en produisant un flux de lymphe qu’elle va drainer vers l’extérieur de la plaie et avec lui toutes les bactéries et débris cellulaires qu’il contient. A ces premières raisons s’ajoute les propriétés hygroscopiques du miel, c’est à dire sa tendance à absorber l’humidité ambiante. Ces dernières propriétés vont permettent de conserver un milieu humide sur la plaie, humidité reconnue nécessaire au processus de cicatrisation.

La compréhension que nous avons aujourd’hui d’une des propriétés antibactériennes du miel tient dans le processus même de sa fabrication. On sait que le miel est fabriqué à partir du nectar des plantes ou dans le cas du miellat, à partir des substances vivantes que sont les sécrétions des petits insectes piqueurs (homoptères) se nourrissant de la sève d’arbustes. Déposés sur les végétaux, leurs excréments forment de petites gouttelettes sucrées riches en acides aminés. Vous connaissez la suite… Les abeilles remplissent leur jabot de nectar et de miellat butinés, elles les rapportent à la ruche et régurgitent sur la langue de leurs sœurs la précieuse cueillette.

Cette circulation des nectars d’abeille en abeille (Trophallaxie) s’opère jusqu’à élaboration du miel. Une fois transformé, l’abeille va accumuler le miel dans les alvéoles de la ruche qu’elle operculera alors avec un peu de cire. Au cours de la constitution du miel dans son jabot, l’abeille y apporte une enzyme « la glucose oxydase ». Elle a été découverte en 1962, par J. W. White. Sous l’effet de cette enzyme, le glucose présent dans le miel se transforme en acide gluconique et libère du peroxyde d’hydrogène, antiseptique communément connu sous le nom d’eau oxygénée.

Mais la libération d’eau oxygénée n’explique pas tous les mécanismes d’action du miel au cours de la cicatrisation. En 2010, le professeur Sebastian AJ Zaat, chercheur néerlandais identifiait dans le miel une autre molécule sécrétée par les abeilles, la défensive-1. Il s’agit d’une protéine élaborée par les glandes hypopharyngiennes et mandibulaires des abeilles, elle serait pour une grande partie à l’origine de l’activité antibactérienne du miel (4) . Au cours de ses expériences, une faible concentration (1 ou 2 millilitres de miel dans 10 millilitres de bactéries) a permis de tuer toute une variété d’espèces de bactéries résistantes aux antibiotiques (staphylocoques, bacilles…).

L’ORIGINE DES FLEURS BUTINEES ET LEUR INFLUENCE SUR LE MIEL

Les propriétés chimiques du miel jouent un rôle important dans la compréhension de ses effets thérapeutiques mais elles ne suffisent pas à elles seules à expliquer son efficacité antiseptique. La recherche a notamment avancé en observant les écarts d’efficacité des propriétés des différents miels sur de nombreuses souches de bactéries. Les propriétés spécifiques du miel se révèlent être en corrélation directe avec les nectars initiaux issus des plantes butinées par les abeilles. « Les composés intrinsèques de la plante et plus précisément les huiles essentielles présentes dans les nectars des fleurs influencent directement les qualités antibactériennes » (5) . Le miel de thym dont la plante est très reconnue pour ses vertus antiseptiques est notamment l’un des plus intéressants pour son activité antimicrobienne. De même, l’huile essentielle de pinocembrine décelée dans le miel de tournesol est reconnue pour son activité antimicrobienne notamment sur le staphylocoque doré (Staphylococcus aureus) (6) .

Un transfert d’une partie des propriétés des plantes butinées s’opère ainsi dans le miel produit par les abeilles et les huiles essentielles sont surtout impliquées ; le mécanisme est similaire à celui de la potentialisation homéopathique. De la même manière que le biotope d’une plante diffère selon la zone géobotanique et suivant son climat, les remèdes des abeilles tout en conservant leurs propriétés les plus marquées, s’adaptent à la variabilité du milieu et de tout le vivant qui le compose. Ainsi, chaque ruche produit un miel unique, aux saveurs propres et aux caractéristiques spécifiques.

LES QUALITES DES MIELS

Tous les miels ne sont pas équivalents sur le plan de leur qualité… Les miels industriels commercialisés en grandes surfaces et mis sur le marché par des « emballeurs » proviennent généralement des grands pays exportateurs que sont l’Australie, la Chine et l’Argentine. Parfois assimilés à des miels certifiés pour pouvoir bénéficier d’une appellation, ils sont surtout chauffés pour être refondus. Ils sont aussi généralement pasteurisés, mélangés et filtrés à pression, une chaine de transformation qui leur fait perdre en grande partie leurs propriétés. Il arrive que certains lots de miel, chinois pour ne pas les citer, soient refusés aux frontières en raison des résidus de pesticides qu’ils contiennent. Les miels vendus par les grandes sociétés de négoce sont des miels dits commerciaux. Ces grossistes disposent de leur propre réseau de distribution. Ils achètent les miels d’autres apiculteurs et bien fréquemment les mélangent. Très souvent entreposés en barils, sans doute de temps à autre trop longtemps, ils sont ensuite chauffés, parfois trop, pour être liquéfiés et mis en pot avant d’être distribués. La provenance des miels commerciaux doit être un critère de choix. Certains miels produits en régions de grandes cultures contiennent de nombreux résidus d’insecticides et de plantes génétiquement modifiées. Nous savons aujourd’hui que certains fruits, comme les pommes et les fraises, ne peuvent être cultivés sans l’emploi en grande quantité de pesticides. Les miels les meilleurs sont ceux qui subissent le moins d’interventions.

Il y a aussi les miels certifiés biologiques. Les apiculteurs qui les proposent doivent répondre à un cahier des charges avec des critères précis et être certifiés par des organismes accrédités. L’investissement est important, en temps et en argent, le plus difficile étant la recherche de zones (sur un rayon de 3 Km autour des ruches) exemptes de sources de contaminations potentielles par les pesticides, les industries, les zones urbanisées… Devenue une véritable niche, le bio suscite de plus en plus l’intérêt d’entreprises dont la réelle motivation se situe essentiellement au niveau des profits. Les normes sont alors respectées au minimum, les miels sont longtemps chauffés à la température autorisée de 55°c afin d’être défigés. Les miels certifiés biologiques des plus petits producteurs sont préférables, les contraintes de certifications sont telles qu’ils retirent une faible plus-value de la conduite de leur rucher en biologique. Cependant, de nombreux apiculteurs professionnels non certifiés respectent pour une grande part les normes du bio et proposent un miel tout aussi bon. L’idéal reste de pouvoir échanger avec l’apiculteur pour connaître l’origine de son miel et son processus de transformation.

COMMENT CONSOMMER LE MIEL

Il existe une différence d’efficacité thérapeutique notable entre les miels polyfloraux et monofloraux, chacun agissant plus particulièrement sur une pathologie donnée. A la maison, tout un chacun peut utiliser le miel pour guérir les petits maux du quotidien, les petites blessures et brûlures, et rester en bonne santé, mais dans tous les autres cas il convient de requérir un avis médical.

Chez l’adulte, la consommation idéale d’entretien représente une bonne cuillerée à soupe par jour, soit environ 30 à 40 g quotidiennement. Plus la personne se dépense physiquement et plus la dose pourra largement être augmentée. Chez l’enfant, selon l’âge, la consommation devra se situer entre 5 et 15 g par jour. Le miel peut ainsi être consommé par voie orale, seul, associé à une boisson tiède ou froide ou en remplacement des sucres rapides mais aussi en application locale externe suivant certaines indications médicales. Il est utile de savoir qu’une boisson chaude va dégrader les principaux composants indispensables à l’activité biologique du miel comme les enzymes et les composés volatils qu’il contient. Le miel existe aussi sous forme d’aérosol, ou encore dilué dans du sérum physiologique pour le traitement des bronchites chroniques notamment chez le jeune enfant.

Les aromiels et le propomiel (7)

Association du miel et d’une ou plusieurs huiles essentielles, les aromiels sont un des fondements de l’apithérapie. Le miel, en permettant une douce assimilation des huiles essentielles, agit comme un parfait vecteur. Le choix des dosages doit être extrêmement précis. Les aromiels peuvent être destinés à un usage interne dont la concentration totale en HE (huiles essentielles) varie de 3 à 5% maximum, soit 100 gouttes d’huiles pour 100 g de miel. En usage externe, leur concentration totale ne devra pas dépasser 1%. Selon la pathologie, la posologie varie. Pour une pathologie aiguë : 3 cuillerées à café quotidiennement pendant 10 jours. Pour une pathologie chronique : 2 cuillerées à soupe par jour durant un mois.

Le miel peut être aussi préparé en association avec de la propolis sous forme de teinture mère, on parle alors de propomiel. En usage externe : 2 g de teinture mère de propolis diluée dans une concentration à 25% pour 100 g de miel. En usage interne : 10 g de teinture mère pour 100 g de miel. La posologie varie selon que la pathologie est aiguë ou chronique. Pour une pathologie aiguë : il est conseillé 3 cuillerées à café par jour pendant 10 jours. Pour une pathologie chronique : la posologie est de 1 cuillerée à soupe, 2 fois par jour pendant 1 mois.

LES VERTUS THERAPEUTIQUES DES MIELS, POUR QUELQUES MALADIES

Toutes les indications apithérapiques présentées ci-dessous sont proposées par Roch Domerego, professeur et naturopathe, et Gaëlle Imbert, docteur en pharmacie et passionnée d’apithérapie, et extraites de l’ouvrage qu’ils ont consacré aux remèdes de la ruche. [ROCH Domerego, IMBERT Gaëlle, BLANCHARD Christian, « Les remèdes la ruche » (2006), Editions Alpen.]

Contre les problèmes intestinaux : les effets laxatifs et purgatifs du sucre des abeilles

Grâce à son doux pouvoir laxatif du fait de sa concentration en fructose, le miel permet à l’intestin une meilleure rétention de l’eau, il augmente ainsi le volume des selles et facilite leur évacuation (Le miel de thym est particulièrement recommandé pour soulager la constipation). Il agit aussi favorablement sur le développement d’une flore bactérienne intestinale saine notamment grâce à la lactulose qu’il contient. Cette molécule favorise la croissance de bifidobactéries, il en résulte une plus grande efficacité de l’immunité digestive et une amélioration du transit.

Du fait de son acidité, il améliore la digestion des graisses et des protéines, mais il permet aussi la précipitation des caséines (contenues dans les aliments lactés) en de fins flocons. Cette transformation du lait par l’estomac entraîne une rapide et meilleure élimination, laquelle enraye toutes les douleurs abdominales et les ballonnements liés à l’acceptation du lait par le nourrisson. Dans l’intestin, le miel est facilement absorbé et résorbé, il ne fermente pas, le risque de flatulences et de ballonnements intestinaux est nul.

Certains aromiels permettent d’enrayer les problèmes de ballonnements intestinaux (dyspepsie) et aident au rétablissement d’une fonction digestive normale. Quelques exemples… Un aromiel à base de miel de thym et d’huiles essentielles (HE) de menthe (mentha piperata), de thym à linalol (Thymus vulgaris) et de laurier (Laurus nobilis). Ou encore, un aromiel de romarin avec les HE d’arbre à thé (Melaleuca alternifolia) et de romarin à verbenone (Rosmarinus officinalis). Une attention est toutefois portée aux femmes enceintes pour lesquelles le thym à linalol (Thymus vulgaris) est contre-indiqué.

Contre l’aérophagie, certains aromiels font des merveilles notamment un aromiel de serpolet avec les HE d’anis (Pimpinella anisum) et de carvi (Carum carvi) ou encore un aromiel de citronnier avec des HE de citron (Citrus reticulata) et de basilic (Ocimum basilicum).

Anti fatigue… Qui n’a jamais connu le « coup de pompe » … Intellectuelle, physique, psychologique, la fatigue ou asthénie touche chaque personne, à chaque étape de la vie. En préventif ou en curatif, les produits de la ruche s’avèrent être de véritables remèdes. En raison de leur capacité à stimuler la transmission neuronale dans certaines voies du système nerveux, ils permettent de lutter efficacement contre la fatigue intellectuelle courante durant les surcharges cognitives.

Les bienfaits du miel sont particulièrement notables sur les coups de fatigues matinaux, grâce à sa richesse en sucres facilement assimilables. Les aromiels aussi sont très intéressants en cas de grande fatigue. On choisira un aromiel à base de miel de fleurs de montagne avec des HE de menthe (Mentha piperata) et de pin (Pinus sylvestris). Ou encore un aromiel à base de miel de thym avec des HE d’estragon (Artemisia dracunculus), de basilic (Ocimum basilicum) et de cari (Helichrysum italicum).

Contre les angoisses, il est fortement conseillé, une prise de pollen de fleurs d’oranger, du miel de tilleul ou un aromiel à base de miel d’oranger et d’huiles essentielles de bergamote (Citrus auramtium), de petit grain bigaradier (Citrus auramtium neroli) ou de mandarine (Citrus reticulata). Le miel de lavande agira plus particulièrement contre la spasmophilie.

Contre les lésions de la peau

De manière générale, on reconnaît aux produits de la ruche des vertus sur l’ensemble des maladies cutanées. Capables de stimuler la reconstruction du tissu dermique, ils ont un effet régénérateur sur les peaux blessées et stimulent la cicatrisation. Comme vu précédemment, les recherches cliniques ont révélé les effets thérapeutiques du miel sur toute plaie.

Les propriétés analgésiques, antiinflammatoires et cicatrisantes du miel, en font un thérapeutique à part entière dans le traitement des brûlures de divers degrés. Son application engendre une guérison rapide et homogène. En application locale, les miels de thym, toutes fleurs de montagne, de lavande ou encore de châtaignier sont les plus actifs contre les brûlures. L’efficacité antibactérienne et cicatrisante est accentuée lorsqu’on utilise en traitement local l’application de propomiel, voire de propo-aromiel, à base de miel de thym et d’HE de thym à linalol (Thymus vulgaris linaloliferum).

Contre les crevasses, on peut user d’un aromiel de citron à l’huile essentielle de citron (Citrus lemon). Appliqué en cataplasmes, un miel ou un propomiel de lavande agira contre les engelures. En application locale, le miel de lavande ou toutes fleurs de montagne traitera les gerçures des zones les plus exposées au froid (lèvres, mains, joues).

L’application externe d’un aromiel de lavande avec des HE de lavande (Lavandula augustifolia vera) réduit la sécheresse cutanée. L’application quotidienne et régulière de miel, en usage externe, permet de guérir les plaies surinfectées des ulcères variqueux, ainsi que les champignons et bactéries. En usage interne, on préférera un aromiel de romarin aux HE de romarin a verbenone (Rosmarinus officinalis) et de thym a linanol (thymus vulgaris).

Contre les maladies cardiovasculaires

Véritable cardiotonique, le miel améliore l’assimilation des sucres par le myocarde. L’acétylcholine qui le compose a les propriétés de ralentir et de régulariser le rythme cardiaque, et de favoriser la dilatation des vaisseaux. Ces dernières agissent sur la tension artérielle en la diminuant et sur les artères coronaires en améliorant leur irrigation.

Le miel aide aussi à la diminution du mauvais cholestérol « LDL cholestérol » et permet une légère augmentation du bon « HDL cholestérol ». On peut privilégier un aromiel de romarin aux HE d’hélichryse (Helichrysum italicum), de romarin (Rosmarinus officinalis) acétate de Verbénone et de laurier (Laurus nobilis).

Pour lutter contre les problèmes circulatoires : un aromiel à base de miel de bruyère avec des HE de cyprès (Cupressus semperviris), de ravensare (Ranvensara aromatica) et/ou d’origan (Origanum majorana).

Contre les hémorroïdes : un aromiel de châtaignier ou de bruyère avec des HE de cyprès et de cajeput (Melaleuca cajeputii).

Contre l’hypotension : Le miel de sapin est le plus adapté. On peut également user d’un aromiel de sapin aux HE de pin (Pinus sylvestris), de sariette (Satureja montana) et de menthe (Mentha piperata).

Contre l’hypertension : la prise au quotidien du miel d’oranger, de lavande, de romarin ou de tilleul est préconisée. On obtient également des résultats avec un aromiel de romarin au HE de romarin (Rosmarinus officinalis camphoriferum) et d’ail (Alium sativum).

Contre les affections broncho-pulmonaires

Les maladies respiratoires comme l’asthme touchent de plus en plus de personnes. Un aromiel à base de miel de sapin aux HE de pin (Pinus sylvestris) et d’estragon (Artemisia dracunculus) promet le même effet que celui de la cortisone. Contre la bronchite, un miel d’eucalyptus, de sapin, ou de lavande fera office d’un véritable traitement d’attaque du fait de son effet local apaisant et de ses propriétés antibactériennes. En renfort, un des miels précédemment cités pourra être mélangé à des huiles essentielles d’eucalyptus (Eucalyptus radiata ssp. Radiata cineolifera, Eucalyptus globulus) mais aussi de romarin (Rosmarinus officinalis cineoliferum) et/ou de thym (Thymus vulgaris geranioliferum)

Produit vivant, le miel n’a de cesse de nous émerveiller. Au fur et à mesures des avancées dans la recherche, on découvre son incroyable complexité. Et il reste encore certainement bon nombre d’interactions non élucidées entre les divers bactéricides qui le composent. Le miel mais aussi tous les autres produits de la ruche possèdent des propriétés aussi intéressantes qu’efficaces. Possédant les mêmes caractéristiques que les bactéries et les virus, ils sont capables de les déstabiliser, car ils s’adaptent à leurs mutations et au phénomène de résistance. Seuls ou combinés entre eux, ils ont un intérêt à la fois pour prévenir les maladies et pour guérir, car à l’inverse des médicaments conventionnels, les remèdes des abeilles agissent simultanément sur plusieurs fronts : ils luttent contre les infections et les microbes, ils renforcent les défenses naturelles et ils améliorent le fonctionnement général de l’organisme grâce à leur action antioxydante. Arme redoutable contre les infections nosocomiales et les bactéries résistantes, antiseptique et antibiotique, efficace en préventif ou en curatif mais aussi sa facilité d’application, sa parfaite innocuité et l’absence d’effets indésirables constituent l’incroyable étendue du champ d’application du miel et son potentiel thérapeutique.

Nous ne pouvons imaginer quelles seront les avancées dans le domaine de l’apithérapie, l’utilisation du miel à des fins thérapeutiques semble encore avoir bien du chemin à parcourir et il nous faudra attendre les résultats des recherches scientifiques actuelles menées au niveau mondial pour voir l’usage du miel promu à une plus grande échelle. Mais d’ores et déjà, les données actuelles nous permettent de dire que la thérapeutique par le miel tend à se développer et qu’elle suscite de plus en plus d’intérêts. Une utilisation adaptée du miel dans le domaine de la santé, aux bénéfices des économies qu’il permettrait de réaliser, laisse entrevoir le rôle qu’il pourrait jouer dans la réduction de la surconsommation des antibiotiques que nous connaissons aujourd’hui. Surconsommation qui concourt au développement de souches bactériennes résistantes à la pharmacopée moderne, devenu un problème mondial de santé publique.

Si nous imaginons cette perspective alors la préservation des abeilles et de la flore devient un véritable enjeu ; le miel devra être de qualité, issu de cultures protégées, mais aussi être produit en quantité suffisante et constante. Car toutes les richesses de la ruche reposent sur cet incroyable lien d’interdépendance entre les abeilles mellifères et la nature, une véritable symbiose à l’équilibre fragile.

Alexandra VEY

1 . BALLOT-FLURIN Catherine, Conférence Apithérapie – Le retour à la Terre, 7 avril 2009.

2 . “Le miel utilisé au CHU de Limoges pour ses bienfaits cicatrisants” Article du 29/11/2016

3 . DESCOTTES Bernard, “Cicatrisation par le miel, l’expérience de 25 années” (2009) Phytother, pp. 112-116

4 . EurekAlert, “Honey as an antibiotic: Scientists identify a secret ingredient in honey that kills bacteria” The FASEB Journal (Journal of the Federation of American Societies for experimental biology)

5 . PETIT Nathalie, Le miel au secours de la médecine conventionnelle. Santé, Juin-juillet 2012. 6 . ROSSANT Alexandra, “Le miel, un composé complexe aux propriétés surprenantes”, Thèse pour le diplôme d’état de pharmacien, université de Limoges. Faculté de médecine (2011)

7 . ROCH Domerego, IMBERT Gaëlle, BLANCHARD Christian, « Les remèdes la ruche » (2006), Editions Alpen, p. 45

Bulletin n°82 Mai 2017