Aventures et mésaventures apicoles de Francis Baroux

Première transhumance

Fin juin arrive…

Fort des cours suivis au centre social et des conseils prodigués par Jean-Louis, je me fais une joie de transhumer pour la première fois mes abeilles depuis Essertines jusque dans la vallée de Chorsin.
Je décide alors de m’associer à un autre apiculteur débutant pour prendre part à cette première aventure apicole. La nuit tombée, nous chargeons dans mon véhicule (une fourgonnette Renault, aménagée avec amour et soin en micro camping-car) mes deux ruches neuves et les siennes d’occasion.
Nous avons pris soin d’obturer consciencieusement les entrées et de bien sangler le corps avec le toit de chacune d’elles.
Après quelques kilomètres, une, deux, dix puis des abeilles en nombre toujours plus important, nous rejoignent dans le poste de pilotage, escaladent nos bras et nos jambes dénudés ( il fait horriblement chaud ce soir là ).
Je stoppe le véhicule pour vérifier l’obturation de nos ruches. Les mousses sont bien en place… mais nous constatons que des abeilles sortent par dessous d’une des deux ruches de mon équipier.
Nous la retournons délicatement et découvrons que son plancher est fendu : il laisse échapper un flot continu d’abeilles… attirées par nos frontales.
Nous nous empressons de colmater tant bien que mal la fissure et, après avoir brossé méthodiquement nos vêtements, enfilons nos vareuses et nos gants.
Nous reprenons la route. Mon passager s’agite tout à coup frénétiquement sur son siège : il est persuadé qu’une dizaine de mouches se déplacent dans sa chevelure.
Je suis partagé entre le rire (le voir se tortiller impuissant sur son siège ) et l’inquiétude (le savoir se faire transpercer le cuir chevelu jusqu’à l’œdème ).
Nous arrivons néanmoins sains et saufs à Chorsin. Nous déposons prestement nos ruches à l’emplacement préparé, ôtons les mousses et remontons dans le véhicule toujours équipés comme des croisés en partance pour la Terre Sainte !

De retour à la maison, nous nous séparons en nous félicitant de la réussite de notre première transhumance… en dépit de quelques émotions.
Je gare ma voiture sous le balcon de la maison, à côté de celle de mon épouse et me couche aussitôt.
Le lendemain matin, alors que je suis occupé à faire déjeuner mes filles, mon épouse remonte : « C’est quoi cette traînée noire sur le côté droit de la voiture ? ».
Mon sang ne fait qu’un tour ; je bondis dans l’escalier, envahi par un horrible pressentiment. J’ouvre la porte arrière de mon véhicule : tout a fondu : les pare-soleil ont « coulé » sur le pare-brise, le tableau de bord et les sièges ne sont plus qu’un amas informe de plastique brûlé… Et… contre la carrosserie, l’enfumoir calciné !

Dans mon euphorie nocturne, je l’avais laissé dans ma voiture. Durant le trajet, il a dû glisser tout contre les parois isolées.
Le toit ouvrant que j’avais installé, a vraisemblablement attisé la combustion comme une cheminée de poêle.
Dans mon malheur, je m’estime bienheureux ; le réservoir des deux véhicules aurait pu exploser… à quelques jours du 14 juillet !

Vers midi, je croise Jean-Louis :

– « Alors cette première transhumance s’est bien passée ?
– Voui, voui… mais je crains fort que mon miel ait une saveur toute particulière cette année !! »

Francis BAROUX